Parutions récentes et à venir
Mondes postcapitalistes, “ Genres Fluides” avec Emma Bigé, ouvrage collectif, dir. Jérome Baschet/Laurent Jeanpierre, La Découverte, février 2026
Trou Noir 7 : Paradoxes de la Visibilité, automne 2026
Ce reste de terre, un journal scatologique, éditions Trou Noir, 2027
Monde de l’art à l’âge du capitalisme, dir. Florian Gaité et Aline Caillet, Presses Universitaires de Vincennes, 2025
Trou Noir 4: Marseille, désirs en désordres, mai 2025
Nouvel Entretien sur Les Temps Qui Restent
“Edward Carpenter : nature, socialisme et sexualités dissidentes dans l’Angleterre victorienne”, décembre 2025Poète, philosophe et militant révolutionnaire, Edward Carpenter fut l’une des figures les plus singulières de l’Angleterre victorienne. Militant socialiste, proche de William Morris comme de Walt Whitman, il promut l’idéal d’une vie simple, sensible à la nature et capable de faire dissidence par rapport aux conventions sociales aliénantes. Penseur de la cause animale, de l’homosexualité, du droit des femmes, de l’anti-impérialisme et de l’éco-socialisme avant la lettre, Carpenter concevait la transformation personnelle comme un vecteur de changement social, et ne séparait jamais la lutte politique de l’expérimentation collective de nouvelles formes de vie. Dans cet entretien, le chercheur Cy Lecerf Maulpoix, nous présente cette figure historique aussi remarquable que méconnue, et explore ses résonances pour notre présent.
Rencontres récentes et à venir
5 février, Conférence “Du propre au sale, penser les écologies déviantes face aux hygiénismes contemporains“, Hacktinonmy, esaaAnnecy
19 février, Conférence performée “Le Sexe est une idylle avant la Chute”.
Rétrospective Derek Jarman, Cinematek, Bruxelles
Rencontres récentes passées.
16 décembre, Saint Derek part 2, Zoèmes, Marseille.
11-13 décembre, Intervention, Open the Bin, Colloque international, Université du Mans.
29 - 30 novembre, Conférence performée et Table-Ronde, Rétrospective Derek Jarman, Centre Pompidou/Mk2 Bibliothèque, Paris
7-18 novembre, Intervention, The SOAS Shit Conference, Londres
GAY BAR - Jeremy Atherton Lin
Derrière la musique entêtante, l’euphorie de l’ivresse ou la frénésie de la danse, le bar gay a longtemps été le lieu où une clientèle marginalisée, privée de ses droits, pouvait se rencontrer, voire se retrancher, pour éprouver un sentiment d’appartenance et, enfin, exister. Aujourd’hui, qu’en reste-t-il ? Gay Bar pourrait se résumer à une enquête historico-philosophique, au fl des lieux qui ont marqué la vie de l’auteur et la communauté LGBTQI – une communauté qui s’avère peut-être plus fragmentée et complexe qu’il n’y paraît. Mais avec ce sujet, Jeremy Atherton Lin trouve la porte dérobée qui lui permet d’explorer l’évolution de l’identité homosexuelle depuis un siècle et demi. Il mêle reconstitution historique, lectures variées, anecdotes érotiques et analyse politique pour signer un récit de chair, où sa propre histoire d’amour devient le fil rouge d’une déambulation aventureuse des deux côtés de l’Atlantique, entre Los Angeles, Londres, San Francisco et Blackpool. Dans une prose parfois fiévreuse, aussi allègre qu’une boule à facettes, ou mélancolique comme une sortie de boîte à l’aube, Jeremy Atherton Lin écrit un livre grisant et érudit, une ode à la mémoire des corps qui dansent et aux lueurs des regards échangés dans la pénombre, ainsi qu’aux histoires que nous vivons parfois juste pour le plaisir de pouvoir ensuite les raconter.
Editions Tusitala
Date de sortie : mars 2024
360 pages / 115 x 175 mm
23,00 euros
ISBN 979-1-09215-934-9
Voir le site de l’éditeur
Extrait
Plus encore qu’un monde à part entière où se rencontrent des individu.es en quête de plaisirs, le bar gay a quelque chose de la porte d’entrée. Il fait partie de ces seuils au sens où l’entendait le philosophe Walter Benjamin (1). Il peut être un lieu de transformation et de ré-incarnation sans être nécessairement celui d’une épiphanie identitaire.
Convoquant le plaisir de l’anonymat et de l’artifice, il constitue un espace-temps où, nous dit Atherton Lin, il est autant possible de n’être personne que de s’essayer à être autrement. En franchir la porte, c’est aussi se défaire momentanément d’un habit social, désirer que quelque chose de soi, de son désir vacille.
À la manière d’un flâneur collectionnant les traces d’un passé méconnu, son désir comme seule boussole, Atherton Lin cruise le “temps à rebours”(2), creusant la mémoire des grandes villes dans lesquelles il a vécu. Il arpente les rues de Los Angeles, San Francisco ou Londres en quête de résonances assumant de recomposer des histoires qui se tiennent sur le seuil ténu de la frontière entre réalité et fiction ”Voilà pourquoi je raconte des histoires de fantômes: elles ouvrent la ville aux possibilités les plus farfelues” écrit-il.
Cette comparaison spectrale pour évoquer les hommes des métropoles à l’orée du 20ème siècle errant lentement à la tombée de la nuit en quête d’autres âmes semble esquisser pour lui une condition d’existence flottante en l’absence de lieux de sociabilité susceptibles de nourrir une conscience communautaire. Car les vie gays, et plus largement queers, nous rappelle-t-il, sont intimement liées à l’espace et au mouvement, à la manière dont les désirs dissidents de l’ordre hétérosexuel reproductif sont historiquement contraints de se déplacer, de se fragmenter, de hanter fugacement les marges et l’ombre des villes.
“L’emplacement est la clef” constatait à la fin des années 80, l’artiste et réalisateur Derek Jarman (3). Toujours attentif à l’embourgeoisement de sa communauté et aux nouvelles formes de respectabilité homosexuelle, il évoquait la fracture sociale entre les espaces fermés des clubs gays de Londres et les lieux de drague en plein air. Pourtant, nous rappelle Atherton Lin, l’histoire des bars gays raconte bien plus qu’une simple quête de respectabilité ou d’assimilation aux modèles dominants de consommation et de sociabilité.
Première arche ou havre commun peuplée d’une faune aux désirs et aux origines variées, ce qui s’affirme progressivement comme un bar gay après la seconde guerre mondiale aux Etats-Unis et en Angleterre est un espace éminemment politique, évidemment travaillé par la répression gouvernementale comme par l’essor des courants néolibéraux de la fin du 20ème siècle. Son évolution en fait par conséquent un lieu d’émancipation paradoxal.
1. Walter Benjamin, Paris capitale du XIXe siècle, Le Livre des Passages, trad. J. Lacoste, éditions du Cerf, 2006
2. L’auteur cite en référence de cette expression le chercheur et historien John D’Emilio. Voir p.98 de l’ouvrage
3. Derek Jarman, Modern Nature, Vintage Classics, 2018 [1991]